Page:Kant - Anthropologie.djvu/95

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84 de l'intelligence.

chanceler, ou du moins jusqu'à manquer de fermeté dans sa marche, ou simplement jusqu'à bégayer. On peut dire toutefois à la décharge de cet oubli de soi-même, qu'il est facile de perdre de vue et de franchir la ligne de la possession de soi-même, car l'hôte tient à ce que son convive s'en aille pleinement satisfait par cet acte de sociabilité (ut conviva satur). L'insouciance, et avec elle l'imprudence qui accompagne l'ivresse, est un sentiment trompeur de l'exaltation de la force vitale : l'homme ivre ne sent pas alors les obstacles de la vie, obstacles qui tendent sans cesse à assujettir la nature, et contre lesquels la santé a toujours à combattre. Il est heureux dans sa faiblesse, puisque la nature tend réellement en lui, par une exaltation insensible de ses forces, à rétablir graduellement sa vie. — Des femmes, des religieux, des juifs ne s'enivrent ordinairement point; du moins ils évitent soigneusement toute apparence d'ivresse, parce qu'ils sont civilement faibles, et qu'ils ont besoin de retenue (ce qui n'est possible qu'à la condition de la sobriété). Car leur valeur extérieure ne repose que sur la foi d'autrui, en la pureté des femmes, à la piété des religieux et au respect particulier pour la loi chez les Juifs. Les Juifs, en effet, sont tous séparatistes, c'est-à-dire soumis non seulement à une loi commune du pays, mais encore à une loi particulière (celle de leur secte). En cette qualité d'hommes singuliers et spécialement choisis, ils sont particulièrement exposés à l'attention générale et aux traits de la critique. Ils ne peuvent donc pas se relâcher de l'attention sur