Page:Kant - Doctrine de la vertu.djvu/11

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AVANT-PROPOS.




Supposons un état de société où chacun aurait, avec le sentiment de son droit, le respect de celui des autres ; où personne n’abuserait de sa force pour opprimer ses semblables ; où tous useraient en tout de leur propre liberté sans jamais porter atteinte à celle d’autrui ; où il n’y aurait ni vol, ni adultère, ni homicide, ni violence d’aucune sorte ; où le despotisme serait aussi inconnu que l’anarchie : un tel état de société réaliserait l’idéal du droit, et il offrirait sans doute un imposant spectacle. Mais quelque chose manquerait encore à sa perfection morale. C’est que le respect du droit n’est pas toute la morale, ou que la justice n’est pas la seule vertu : nous ne remplirions pas tous nos devoirs si nous n’y joignions la pratique des vertus individuelles ou celle de certaines vertus sociales qu’on ne saurait exiger de nous au nom du droit, mais qui n’en sont pas moins prescrites par la morale, la charité, par exemple. Il faudrait donc que sur le même sol où régnerait la liberté réglée par le droit, fleurissent aussi toutes ces vertus qui n’ont plus pour principe la stricte justice, mais le respect de soi-même ou l’amour de l’humanité. C’est seulement à cette condition que le monde moral formerait un ensemble vraiment digne des regards de Dieu. C’est de cette manière aussi que, dans la philosophie de Kant, à la Doctrine du droit vient s’ajouter, pour