Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/113

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


aider Mme Dupin à rompre ce mariage, gâtèrent tout irrévocablement, amenèrent la discorde entre la mère et le fils et, finalement, au lieu de réussir à dissoudre ce mariage, ils en accélérèrent l’accomplissement. Le 16 prairial[1] 1804 (au commencement de juin), c’est-à-dire moins d’un mois avant la naissance de la future George Sand, Dupin, à l’insu de sa mère, signa, par-devant le maire du IIe arrondissement de Paris, son contrat de mariage avec Sophie Delaborde. En 1804, le mariage civil à la mairie primant déjà, de par la loi, le mariage religieux, il s’ensuivit que, lorsque Mme Dupin, avertie de ce qui s’était fait, se rendit précipitamment à Paris pour rompre ce mariage, elle acquit, à son grand chagrin, la conviction qu’il était parfaitement valable et indissoluble, toutes les formalités ayant été observées. Notons en passant ce fait singulier : tandis que Sophie Delaborde, que les biographes à tendance s’obstinent à nous dépeindre comme la représentante des aspirations libérales des nouveaux temps, ne considérait le mariage à la mairie que comme une simple formalité et ne se crut réellement mariée qu’après l’avoir célébré à l’église, Marie-Aurore, que les mêmes biographes nous représentent comme « une vraie aristocrate farcie de préjugés », considérait le mariage à l’église au point de vue des philosophes du xviiie siècle ; elle trouvait que c’était là « une cérémonie inutile », et ce ne fut que sur les instances de sa bru qu’elle assista plus tard à cette « cérémonie ».

Mais nous anticipons sur les événements : à ce moment de notre récit Marie-Aurore ne voulait plus entendre parler de son fils en révolte, et lui avait défendu de se présenter à ses yeux.

  1. Voir, entre autres, dans le Curieux (2e volume, octobre 1877, n°44), dans l’article de Charles Nauroy la date de mariage des parents de George Sand : Du seizième jour de prairial, an douze, neuf heures de relevée »… etc.