Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/145

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Ce fut un débordement de passion, de lettres écrites en cachette, d’entrevues tartives, d’entretiens soigneusement cachés aux « ennemis », ce furent des rêves, des larmes, des joies exaltées. Ni Marie-Aurore, ni Sophie-Antoinette ne surent envisager avec calme ces manifestations exagérées d’un sentiment filial, cependant bien naturel. L’une prit ouvertement le parti de sa fille, l’autre laissa éclater, non moins ouvertement, le chagrin que lui causaient la froideur et l’ingratitude de sa petite-fille (comme si les enfants étaient capables de reconnaissance, sentiment qui leur est totalement inconnu et qu’ils ne peuvent comprendre !) Rose prit le parti de la fillette parce qu’elle aimait beaucoup Sophie ; Julie et Deschartres, celui de la grand’mère. De là, une lutte de partis, une autre guerre des Guelfes et des Gibelins. Les petits griefs s’envenimèrent ; une hostilité sourde, sans devenir une guerre ouverte, engendrait des escarmouches chaque fois que Sophie venait à Nohant ou pendant les séjours que la grand’mère et la petite-fille faisaient à Paris. Aurore devint le bouc émissaire qui avait à souffrir des antipathies des deux femmes et à supporter le contre-coup des fautes des deux partis ennemis. Ce bouc émissaire était une enfant impressionnable, de tempérament passionné, de caractère doux en apparence, mais au fond dominateur et obstiné, une nature vouée, dès le berceau, aux contradictions, placée par sa naissance entre deux classes sociales, dédoublée, pour ainsi dire, dans ses sympathies, ses goûts et ses intérêts. Aurore Dupin avait besoin, plus que toute autre enfant, d’une vie familiale paisible, d’affections calmes et raisonnables, d’un régime de vie très régulier, d’une immuabilité réelle dans l’observation des lois morales.

Elle assistait, au contraire, à des scènes, à des discus-