Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/266

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en partie au besoin de satisfaire ce réel amour qu’elle ne trouvait pas, amour vraiment humain, union spirituelle avec l’être aimé, et en partie à son ignorance d’elle-même, de sa nature artistique, qui cherchait sa voie. Ayant beaucoup lu dès son adolescence, Aurore, esprit très mobile, adoratrice de Rousseau et de Byron, admiratrice de Locke et de Leibniz, âme pleine d’enthousiasme pour tout ce qui est grand et beau, et sincèrement tourmentée par les questions les plus profondes de l’existence, languissait dans la solitude. Elle n’avait personne avec qui elle pût s’entretenir, personne à qui elle pût faire part de ses sérieuses pensées ou de ses rêveries de jeunesse. Ses oreilles n’entendaient éternellement que des conversations sur le jardinier surpris en flagrant délit de vol, sur la fenaison, sur les dégâts commis dans les champs, sur le fermage du moulin ou sur une nouvelle sorte de pommes. Elle se chagrinait, devenait de plus en plus nerveuse, pleurait et étonnait son mari par ses étrangetés. Tous deux furent d’avis qu’Aurore avait besoin de se distraire. Casimir, Gascon de naissance, n’aimait pas le Berry, il le trouvait trop ennuyeux, trop monotone. Les deux époux résolurent de quitter Nohant pour quelque temps. Pour se sentir plus à l’aise et pour plus de commodité mutuelle, ils prièrent les Duplessis de leur donner la nourriture et le logement moyennant rétribution modique, et, après un court séjour à Paris où ils passèrent les fêtes de Pâques avec leurs parents, ils allèrent s’établir au Plessis-Picard en avril 1824.

Aurore eut ainsi le bonheur de retomber dans son joyeux cercle d’amis, qui s’augmenta encore, cette année-là, de quelques membres nouveaux. Sa tristesse tomba comme par enchantement, les cavalcades, les jeux de colin-maillard, de barres, les courses, le bruit, les allées et venues