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tagnes, torrents, grottes et précipices », écrit-elle le 28 août 1825, de Bagnères, à sa mère[1].

Dans l’Histoire de ma Vie, elle nous raconte les efforts qu’elle a dû faire pour exprimer et fixer sur le papier son ravissement devant cette nature divine : « J’écrivis beaucoup sur les Pyrénées durant et après ce voyage. Mes premières notes, jetées sur un agenda de poche, sont rédigées avec assez de spontanéité… Mais il m’arriva, après coup, ce qui doit être arrivé à beaucoup d’écrivains en herbe. Mécontente du laisser-aller de ma première forme, je rédigeai, sur des cahiers, un voyage qui se trouve très lourd et très prétentieux de style. Et pourtant ce prétentieux fut naïvement cherché. Je m’en souviens. À mesure que je m’éloignais des Pyrénées, j’avais peur de laisser échapper les vives impressions que j’y avais reçues et je cherchais des mots et des phrases pour les fixer, sans en trouver qui fussent à la hauteur de mon sujet. Mon admiration rétrospective n’avait plus de limites et j’étais emphatique consciencieusement. Au reste, je sentis bien que je n’étais pas capable de me contenter moi-même par mes écrits, car je ne complétai rien et ne pris pas encore le goût d’écrire. »

Ces ébauches lui servirent cependant plus tard pour ses romans, surtout pour Lavinia, dont la scène se passe dans les Pyrénées. Les Pyrénées restèrent toujours chères à Aurore Dudevant, comme le Caucase à Lermontow, la mer Noire à Pouchkine, et peut-être lui furent-elles surtout chères, parce que c’est là que, pour la première fois, elle prit conscience d’elle-même.

Dès son enfance, Aurore avait aimé la solitude et la nature. Ce double amour venait de se manifester définitivement ; à

  1. Correspondance, t. I.