Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/308

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de ces années-là, surtout les lettres inédites à sa mère et à Caron, sont chargées de commissions : acheter un chapeau, un bonnet de fourrure, un nouveau quadrille, un duo pour baryton et contralto ; commander des habits, s’abonner au Petit Courrier des Dames, s’informer de la coupe la plus à la mode pour manches, envoyer « une guimpe et des manches longues en tricot de soie couleur de chair », pour les mettre sous la robe claire, par-dessus la flanelle sans laquelle Aurore n’osait sortir, craignant les rhumatismes, dont elle souffrait toujours et, « à La Châtre il faut des toilettes ». Le 12 janvier 1828, Aurore écrit à sa mère qu’ils ont eu une fort belle soirée pour laquelle elle avait dessiné elle-même des paravents et appris des quadrilles à quatre mains. Comme une seconde grossesse l’empêchait de danser cette année-là, elle jouait d’autant plus volontiers pour les autres. Se sentant de nouveau plus mal, elle partit dans le courant du mois de janvier pour Paris, afin de consulter des célébrités médicales ; les uns trouvèrent qu’elle était phtisique, d’autres, qu’elle avait un anévrisme, les troisièmes, enfin, qu’elle n’avait rien du tout. Après un hiver très bruyant, les Dudevant passèrent un été très tranquille à Nohant, où Hippolyte s’était définitivement transféré avec sa femme Émilie, personne maladive, passive, tranquille, avec qui Aurore s’était liée d’amitié, et leur petite fille Léontine. Aurore éleva longtemps cette petite avec Maurice et l’aimait comme son propre enfant. « Le cher père (Casimir), écrit Aurore à sa mère, est enfoncé dans la moisson. Il a inventé, pour battre le grain, une machine qui fait en trois semaines ce qu’on ne peut faire ordinairement qu’en cinq ou six mois. Aussi travaille-t-il à la sueur de son front. Le matin, de très bonne heure, il part en blouse avec ses râteaux en