Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/322

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toutes mes réflexions, toutes mes rêveries, toutes mes humbles vertus, tout mon platonique enthousiasme, un être excellent en réalité, mais que je parais de toutes les perfections que ne comporte pas l’humaine nature, un homme enfin qui m’apparaissait quelques jours, quelques heures parfois[1], dans le courant d’une année, et qui, romanesque auprès de moi autant que moi-même, n’avait mis aucun effroi dans ma religion, aucun trouble dans ma conscience, ce fut là le soutien et la consolation de mon exil dans le monde de la réalité[2] ».

La correspondance d’Aurore avec de Sèze et Zoé Leroy nous offre un document psychologique très intéressant pour la biographie de George Sand. On y voit toute l’évolution qui s’est accomplie peu à peu, en Aurore, évolution qui a fait, dans l’espace de cinq à six ans, d’une femme-enfant, mystique, exaltée, inconsciente d’elle-même, pleine de vagues aspirations et d’élans contradictoires, de l’obéissante amie du réservé et sérieux de Sèze, cette femme originale et courageuse, cette âme d’une force vraiment virile, cet esprit profond, mais enclin aux paradoxes et aux utopies, ce brillant talent littéraire qui, dès 1832, apparut comme une révélation dans le monde

  1. Ainsi, par exemple, il était à Nohant le jour de la naissance de Solange. En parlant de ce jour-là, George Sand dit : « Je me souviens de l’étonnement d’un de nos amis de Bordeaux, qui était venu nous voir, quand il me trouva, de grand matin, seule au salon, dépliant et arrangeant la layette qui était encore en partie dans ma boîte à ouvrage. — Que faites-vous donc là ? me dit-il. — Ma foi, vous le voyez, lui répondis-je, je me dépêche pour quelqu’un qui arrive plus tôt que je ne pensais… » (Histoire, t. IV. p. 48.) À en juger d’après une lettre à Caron du 1er octobre 1829, dans laquelle elle lui demande d’envoyer plusieurs objets par « M. de Sèze, qui ira les chercher et me les apportera. Cela lui procurera l’occasion de vous voir, ce qu’il désire beaucoup. Il a pris chez nous votre adresse », — de Sèze devait aussi avoir été à Nohant en 1829. (Corresp., t. I. p. 76.)
  2. Histoire de ma Vie, t. IV. p. 52.