Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/356

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raire (vraiment j’ai un choix d’expressions délicieux !) On m’habille si cruellement à La Châtre (vous n’êtes pas sans le savoir) qu’il ne manquerait plus que cela pour m’achever. Après tout je m’en moque un peu ; l’opinion que je respecte, c’est celle de mes amis. Je me passe du reste… Je n’ai pas parlé de Jules à M. de Latouche, sa protection n’est pas très facile à obtenir, m’a-t-on dit. Sans la recommandation de votre maman, j’aurais pu la rechercher longtemps sans succès. J’ai donc craint qu’il ne voulut pas l’étendre à deux personnes. Je lui ai dit que le nom de Sandeau était celui d’un de mes compatriotes, qui avait bien voulu me le prêter. En cela, je suivis son conseil, car il est bon que je vous le dise, M. Véron, le rédacteur en chef de la Revue, déteste les femmes et n’en veut pas entendre parler ».

Aurore ajoute qu’elle explique tout cela pour que Mme Duvernet ne soit pas étonnée en trouvant dans la Revue le nom de Sandeau… « Quand nous serons assez avancés pour voler de nos propres ailes, je lui laisserai tout l’honneur de la publication et nous partagerons les profits (s’il y en a). Pour moi, âme épaisse et positive, il n’y a que cela qui me tente… »

Voilà combien Aurore Dudevant était alors modeste et à quel point les premiers pas dans le chemin de la gloire furent difficiles à George Sand. De Latouche, qui avait toutefois deviné le talent littéraire de la jeune femme, lui conseilla, si elle voulait devenir un véritable écrivain, d’observer autant que possible, de connaître la vie sous toutes ses faces et dans toutes ses variétés avant de se mettre à écrire. Mais, comme il la voyait assez embarrassée par la vie matérielle, il lui offrit les mêmes occupations qu’à Félix Pyat et à Jules Sandeau, c’est-à-dire de s’employer à la rédaction du Figaro. Voilà donc Aurore, commençant son