Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/392

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nuisible à personne. Il ne se mêlait de rien autour de lui, de peur d’être forcé de rendre un service. Mais, quand il se croyait engagé par honneur à le rendre, nul n’y mettait un zèle plus actif, et une franchise plus chevaleresque. À la fois, confiant comme un enfant, soupçonneux comme un despote, il croyait un faux serment et se défiait d’une promesse sincère. Comme dans l’état militaire, tout pour lui consistait dans la forme. L’opinion le gouvernait à tel point que le bon sens et la raison n’entraient pour rien dans ses décisions, et quand il avait dit : « Cela se fait, » il croyait avoir posé un argument sans réplique.

« C’était donc la nature la plus antipathique à celle de sa femme, le cœur le moins fait pour la comprendre, l’esprit le plus incapable de l’apprécier. Et pourtant, il est certain que l’esclavage avait engendré dans ce cœur de femme une sorte d’aversion vertueuse et muette, qui n’était pas toujours juste. Mme Delmare doutait trop du cœur de son mari ; il n’était que dur, et elle le jugeait cruel. Il y avait plus de rudesse que de colère dans ses emportements, plus de grossièreté que d’insolence dans ses manières. La nature ne l’avait pas fait méchant ; il avait des instants de pitié qui l’amenaient au repentir, et, dans le repentir, il était presque sensible. C’était la vie des camps qui avait érigé chez lui la brutalité en principe. Avec une femme moins polie et moins douce, il eut été craintif comme un loup apprivoisé ; mais cette femme était rebutée de son sort ; elle ne se donnait pas la peine de chercher à le rendre meilleur. »

Voici maintenant comment George Sand dépeint cette résistance passive d’Indiana : « Si elle eût élevé la voix, Delmare qui n’était que brutal, eût rougi de passer pour méchant. Rien n’était plus facile que d’attendrir son cœur