Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/408

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au sentiment divin. L’action se passe aux Pays-Bas au xviie siècle. Le vieux gouverneur de Berg-op-Zoom, Sneyders a épousé une jeune et belle Espagnole, Juana. La pauvre Juana, qui a grandi sous le soleil de l’Andalousie ; s’ennuie et langui ! dans ce pays humide et triste, entourée de Hollandais lourds et prosaïques. « Joignez à l’influence du climat la société d’un mari fort riche, fort sensé, fort entendu en ce qui touche ses affaires et son gouvernement, mais fort ennuyeux, il faut bien le dire, et vous comprendrez que la belle et tendre Juana pouvait bien avoir le mal du pays… » Elle a, comme on peut s’y attendre, les yeux noirs et tristes, la pâleur mate et l’air mélancolique de la soumission, traits d’une femme bien connue de George Sand, qui avait le malheur de vivre depuis neuf ans avec un mari qui, quoiqu’il ne fût pas gouverneur de Berg-op-Zoom, n’en était pas moins aussi prosaïque que l’honorable Sneyders. Heureusement pour la pauvre Juana, il se trouvait dans la maison du gouverneur un jeune page aux yeux noirs, Ramiro, né aussi dans la chaude Espagne, amateur de musique, chantant parfaitement les anciennes romances espagnoles ; il était, en outre, « d’une noble et antique maison, ce qui, dans ce temps-là, ne gâtait rien », ajoute l’auteur, qui, de la première à la dernière ligne de cette gentille bluette, ne se départit pas d’un ton gai, léger, plein d’humour et d’entrain le plus parfait. Sneyders aurait pu, semblerait-il, ne pas avoir trop d’inquiétudes, vu la conduite irréprochable de sa jeune femme et la chaste innocence de son page de seize ans, et compter, en plus, sur « le climat refroidissant de la Flandre ». Il n’aurait donc dû avoir aucun motif de jalousie, « ce dont il était contrarié parfois autant que flatté car il y a certaines liaisons pures, discrètes, mystérieuses, gai font plus de tort au repos d’un mari