Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/474

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vécus, non de ces jours écoulés au milieu des merveilleux et sauvages sites des Pyrénées, temps charmant où elle a connu la joie d’un amour vrai et pur, mais des tristes moments qu’elle a passés plus tard, lorsqu’elle se vit déçue et où, après une longue série de désillusions et de luttes douloureuses, à l’instar de Lavinia, se séparant pour toujours de son bien-aimé, sir Lionel, elle dit un éternel adieu à son premier amour. Cette jolie nouvelle est tout imprégnée de la douloureuse conviction intime de la vanité et du néant des amours les plus parfaites, de l’inutilité de se sacrifier au bonheur de l’homme aimé, de l’impossibilité de faire revenir le bonheur une fois envolé. Lavinia reste jusqu’à nos jours tout aussi fraîche et jeune que Lélia a vieilli. C’est là un des joyaux de la couronne de George Sand. C’est un récit qui se relit toujours avec plaisir. Si jamais on fait une édition de ses Œuvres choisies, cette œuvrette d’un art si fin devra certainement en faire partie. Nous sommes portés à croire que Lavinia vit le jour sous l’impression du désenchantement et des déceptions cruelles que George Sand eût à essuyer en 1833. On y retrouve l’écho de ses tristes repentirs à propos de ce qui s’était passé et peut-être même de ses réflexions amères sur sa propre inconstance et, par conséquent, des retours volontaires qu’elle fit sur son premier amour si pur et si platonique « qui avait duré six ans », comme elle le dit à Sainte-Beuve et s’était éteint pour ne plus jamais se rallumer[1].

Nous avons déjà vu que Sainte-Beuve avait été agréablement frappé à la lecture du manuscrit de Lélia, en voyant

  1. Il est curieux à noter qu’en cette même année 1833 M. Aurélien de Sèze se maria. Ce fut sans doute la cause de ce qu’au commencement de Lavinia, l’auteur nous raconte que sir Lionel va se marier, ce qui amène Lavinia à lui redemander ses lettres.