Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T2.djvu/254

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néanmoins. Elle se mit à chercher des distractions ; mais bientôt blasée de ses succès mondains, de ses triomphes, elle voulut trouver quelque chose d’autre qui l’intéressât davantage. Elle se prit de passion pour différentes idées, pour les doctrines alors en vogue, surtout pour les hommes en renom, et ayant rencontré le jeune Liszt, elle tomba passionnément amoureuse de lui ; elle avait trouvé la diversion qu’elle cherchait. Liszt, tout en payant cet amour de retour, n’avait pas la moindre idée de porter le trouble dans le ménage de la comtesse, mais Marie d’Agoult ne pensait pas comme lui. Était-ce chez elle un entraînement sincère ou ce désir, qui pesait constamment sur elle, de jouer dans le monde un rôle extraordinaire, de paraître avant tout ? Toujours est-il qu’un beau jour elle quitta son mari et sa petite fille, et donna le spectacle d’une héroïne sacrifiant tout à son amour sublime.

Malgré toutes les prières de Liszt et les exhortations de Lamennais, elle partit pour la Suisse, et il ne resta d’autre parti à prendre pour son ami le musicien que d’aller l’attendre à Genève ; il ne pouvait répondre au « sacrifice » qu’elle lui faisait qu’en se sacrifiant lui-même.

Nous sommes loin d’ajouter une foi entière à tout ce que l’on trouve sur la comtesse d’Agoult dans la biographie de Liszt. Faisons remarquer avant tout que ce qui concerne cette histoire romanesque a été écrit sur le dire de l’abbé Liszt qui a dû, même sans le vouloir, parler en termes très sévères de ses entraînements et de ses péchés de jeunesse ; tout cela raconté aussi par lui lors de sa liaison avec une autre grande dame, la princesse Wittgenstein, dont il devait éviter d’exciter la jalousie rétrospective en racontant ses anciennes amours et sa bonne fortune d’antan. De plus, Lina Ramann a écrit ces pages d’après les