Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T2.djvu/282

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Maintenant que le lecteur possède la clef qui explique ces documents importants pour la biographie de George Sand, nous dirons que cette correspondance prouve que Aurore Dudevant avait trouvé, peut-être pour la première fois de sa vie, en Michel une nature qui lui était égale pour la force de volonté et de caractère, quoique bien inférieure à la sienne comme individualité. Nous observons donc dans la situation de George Sand relativement à Michel une chose tout opposée à ce qu’elle avait rencontré dans ses autres liaisons. Avant 1835 et plus tard, Georges Sand s’était trouvée en face d’hommes faibles, presque toujours plus jeunes qu’elle, et d’ailleurs sans principes bien arrêtés, sans aucune fermeté de volonté. Le rôle actif, le rôle de guide, de conquérant, en un mot le rôle viril, avait constamment appartenu à George Sand, tandis que celui de l’être faible, souffrant ou protégé, soumis et dépendant, de l’être passif en amour, en un mot le rôle féminin dans l’ordre normal des choses, appartenait aux représentants du sexe fort. Avec Michel, il n’en fut pas ainsi. C’était une vraie nature de paysan, — et il l’était de naissance, — grossier, despote, obstiné, adonné plus tard au vice très répandu parmi les vieux paysans, l’amour du gain, et, à l’époque de sa liaison avec George Sand, surtout hanté par le désir de domination. Ce despotisme, comme nous l’avons vu, se manifesta d’abord sur le terrain purement intellectuel, dans le désir de soumettre l’esprit indépendant de l’auteur de Lélia. Lorsque leurs relations furent devenues plus intimes, Michel voulut y jouer encore le rôle de souverain absolu. George Sand qui, nous l’avons dit, écrivait déjà en 1833 à Sainte-Beuve : « Si j’avais pu me soumettre à un homme, je serais sauvée, car ma liberté me ronge et me tue », s’imaginait à présent que Michel,