Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T2.djvu/345

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matique est à chercher dans son génie. Son inconstance, sa mobilité, ses brusques transitions, ses contradictions, ses singularités, ses défauts et qualités, ce qu’il y a d’élevé et de bas dans son caractère, tout cela provient de ce qu’elle n’est pas une créature ordinaire, mais un génie. C’est pour cette raison que George Sand lui apparaît avant tout comme une force poétique, créatrice ; Liszt, comme une personnification de la musique, tandis que le major lui-même et la comtesse d’Agoult sont les représentants de la pensée, de l’analyse.

Dans une vision de rêve ils apparaissent d’abord tous, comme les incarnations des trois mystiques éléments sanscrits : George Sand sous l’aspect de Kamôroupi, « celle qui change à son gré », Liszt sous celui de Madhousvâra « le mélodique », Pictet lui-même ou Arabella, sous celui de Manas, « la pensée ». On y trouve, expliqué de la manière la plus pittoresque, ce que chacun d’eux voit et fait, quel rôle il joue dans l’univers. Le major philosophe est encore préoccupé de savoir quels sont les hommes les plus utiles à l’humanité : ceux qui embrassent tout ou les spécialistes ? Longtemps il est impuissant à résoudre ce problème ; enfin, après de longues réflexions, il arrive à la conclusion que ces deux éléments se marient dans le génie, qu’il compare à une source qui jaillit avec force des entrailles de la terre, mais se répand ensuite sur une large surface. Cela explique l’admiration du major devant le génie de George Sand. Tout le « conte » n’est au fond qu’une glorification allégorique de son pouvoir sur la nature, de son esprit universel, de l’équilibre harmonieux de son âme, de ses élans perpétuels vers les mondes super-astrals, de sa soif insatiable de savoir, de son désir de pénétrer le mystère de toute la création, et de surprendre celui qui