Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T2.djvu/71

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possible qu’il pût s’élever entre eux des désaccords pour la seule raison qu’elle se voyait obligée de travailler et qu’il lui fallait, à lui, des spectacles ou des piqueniques, car elle comprenait ses relations avec Musset comme quelque chose de beaucoup plus sérieux. Les discordes arrivèrent cependant.

Déjà, à Florence, les premières discussions s’étaient manifestées. George Sand s’était aperçue, avec horreur, que son amour n’avait non seulement aucune influence bienfaisante sur les habitudes et le genre de vie de Musset, mais ne le retenait pas même de la trahir de la manière la plus grossière. Deux fois en sa vie elle avait déjà éprouvé le dégoût de semblables trahisons : pendant son mariage avec Dudevant, et, plus tard, lorsque Jules Sandeau ne s’était point gêné pour la tromper avec une blanchisseuse. Musset l’aimait comme auparavant, mais, au point de vue masculin de Musset, cet amour ne l’empê-

    Gaîment ? Nous n’en savons rien. Au fond de son âme, il était tout à fait démonté. Il était mécontent de sa bien-aimée. Il trouvait injuste que grâce à ses calculs pédantesques — c’est ainsi que lui paraissaient les motifs qui l’enchaînaient à sa table de travail — elle l’abandonnât à son sort. Il lui pesait de n’avoir pas la consolation d’avoir à côté de lui une complice de sa faute. Il s’irritait contre lui-même, car il voyait qu’il agissait mal. Au milieu de sa vie de débauche et de ses soupers joyeux, il devait se souvenir de l’amie consciencieuse qui, dans sa petite chambre et à la clarté de sa lampe, était assise à son travail, tandis que lui passait dans les plaisirs une nuit après l’autre. Rien ne nous rend si injuste à l’égard des autres que la conscience de n’avoir pas rempli notre devoir. Aussi, quand, moralement abattu, il retournait au logis fort tard dans la nuit et qu’il retrouvait son amie encore en train de travailler, ou qu’il entendait de la chambre voisine la respiration égale de son sommeil, sentait-il l’impérieuse nécessité non seulement de s’accuser lui-même, mais encore le besoin d’en vouloir à celle qui lui donnait l’occasion de s’accuser ainsi. Pour mettre sa conscience en paix, il s’asseyait parfois à table au milieu de la nuit et écrivait quelques heures sans s’arrêter. Mais le travail ne lui donnait aucune joie et il accusait amèrement celle qui lui paraissait coupable de ce travail sans plaisir… » Positivement, il est difficile de s’expliquer à quoi tend ici Lindau,