Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/101

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


PAR LE FEU




LE gendarme chevauchait à travers la forêt de l’Himalaya, sous les chênes revêtus de mousse, et son ordonnance trottait à côté de lui.

— C’est une vilaine affaire, Bhere Singh, dit le gendarme. Où sont-ils ?

— C’est une très vilaine affaire, dit Bhere Singh ; et quant à ce qui est d’eux, ils doivent être à cette heure en train de rôtir dans un feu plus ardent qu’on n’en fit jamais avec des branches de sapin.

— Espérons que non, Bhere Dingh, reprit le gendarme, car laissant à part la différence des races, c’est tout à fait l’histoire de Francesca da Rimini.

Bhere Singh ignorait tout de Francesca da Rimini ; en sorte qu’il resta coi jusqu’au moment où ils arrivèrent à la clairière des charbonniers, où les flammes expirantes faisaient futt, futt, futt, en papillotant sur les cendres blanchies. Ç’avait dû être un grand feu quand il brûlait en plein. De Donga Pa par delà la vallée on l’avait vu s’élever et flamber dans la nuit, et on avait dit que les charbonniers de Kodru étaient saouls. Mais c’étaient seulement Suket Singh, cipaye du 102e régiment