Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/102

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

d’infanterie indigène du Pandjab, et Athira, une femme, qui brûlaient… brûlaient… brûlaient.

Voici comment les choses se passèrent, et le Journal de la gendarmerie est là pour confirmer mon récit.

Athira était la femme de Madu, lequel était charbonnier, borgne et de mauvais caractère. Une semaine après leur mariage, il battait Athira avec un gros bâton. Un mois plus tard, Suket Singh, cipaye, arriva par là envoyé en congé de son régiment à la fraîcheur des montagnes ; et il électrisa les habitants du village de Kodru en leur contant ses glorieux états de service sous les ordres du gouvernement, et comme quoi le colonel sahib bahadur le tenait en grand honneur, lui Suket Singh. Et Desdémone écouta Othello, à la façon de toutes les Desdémones du monde, et, en l’écoutant, elle se prit à l’aimer.

— J’ai une femme à moi, dit Suket Singh, mais ce n’est pas une affaire quand on vient à y réfléchir. Dans un moment je serai forcé de retourner à mon régiment, et je ne peux pas me laisser porter déserteur… car je compte devenir havildar[1].

Il n’y a pas de version himalayenne du : « Je ne t’aimerais pas autant, bien-aimée, si je n’aimais l’honneur encore plus », mais il s’en fallut de peu que Suket Singh ne créât cette version.

— Ne t’en fais pas, répondit Athira, reste avec moi, et si Madu essaye de me battre, tu le battras.

  1. Brigadier.