Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/126

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Il y avait des choses dans cette eau — des choses noires — et l’eau était noire comme poix et surmontée d’écume verte. Le ricanement provenait du clapotis d’une petite source, jaillissant à mi-hauteur sur une des parois du puits. Les objets noirs tournoyaient en rond, et parfois lorsque l’égouttement de la source tombait sur leurs peaux tendues raides comme des tambours, le rire devenait un éclat d’hilarité. Sous mes yeux mêmes l’une des choses se retourna sur le dos, et se mit à dériver en cercles successifs à l’intérieur du rond de brique moussu, sortant hors de l’eau une main et la moitié d’un bras raidi en un geste hideux tel un guide très érudit payé pour exhiber les beautés de l’endroit.

Je ne passai pas moins d’une demi-heure à faire le tour de ce puits en rampant et à retrouver le sentier de l’autre côté. Le reste du trajet je l’accomplis en tâtant chaque centimètre du terrain en avant de moi, et en rampant comme un limaçon à travers chaque touffe. Je portais maître Wardle entre mes bras et il me léchait le nez. Il n’était pas effrayé du tout, et moi non plus, mais nous souhaitions arriver en terrain découvert afin de voir le paysage. Mes jambes flageolaient et ma pomme d’Adam refusait de glisser de haut en bas. Quoique enfermé de tous côtés par l’herbe, le chemin de l’autre côté du puits était bien frayé, et il me conduisit finalement à une petite clairière où était située la cabane du prêtre. Quand ce prêtre vit sortir, de l’herbe mon visage tout pâle, il poussa un hurlement de terreur et m’embrassa les bottes ; mais