Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/18

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et de l’agrément. La Loi de la Reine avait à peine commencé à se faire sentir dans le pays, et l’Opinion Publique, laquelle est plus puissante que la Loi de la Reine, était encore à venir. En outre, il y avait dans le pays une coutume qui autorisait un homme blanc à prendre pour lui une femme des Filles de Heth contre juste paiement. Ce genre de mariage n’avait guère beaucoup plus d’efficacité que la cérémonie du nikkah chez les mahométans, mais la femme était très agréable.

Quand tous nos soldats seront rentrés de Birmanie, ils auront à la bouche ce dicton : « Aussi avide qu’une femme birmane », et les jolies madames anglaises se demanderont ce que cela peut bien signifier.

Le chef du village voisin du poste de Georgie Porgie avait une fille jolie qui connaissait Georgie Porgie et qui l’aimait de loin. Quand la nouvelle se répandit que l’Anglais à la main lourde qui habitait dans le fortin cherchait une gouvernante, le chef alla le trouver et lui expliqua que, pour cinq cents roupies comptant, il remettrait sa fille à la garde de Georgie Porgie, lequel s’engagerait à l’entretenir en tout honneur, affection et bien-être, avec de jolies robes, selon la coutume du pays. Ce qui fut fait, et Georgie Porgie n’eut jamais à s’en repentir.

Il constata que sa maison était rangée et devenue agréable, ses dépenses jusque-là effrénées réduites de moitié, et lui-même dorloté et fort apprécié par sa nouvelle acquisition, qui siégeait à la place d’honneur de sa table, lui chantait des chansons, et com-