Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/23

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pagne près de Petworth où il y a des hectares et des hectares de bruyère violette et de prairies coupées d’eaux pour se promener dans les hautes herbes. Georgie Porgie comprit qu’il avait enfin trouvé une vie digne d’être vécue, et naturellement supposa que la première chose à faire était de demander à la jeune fille de venir dans l’Inde partager son existence. Elle, dans son ignorance, accepta d’y aller. En cette occasion il n’y eut pas à marchander avec un chef de village. Ce fut une jolie noce de la classe moyenne à la campagne, avec un papa corpulent et une maman en pleurs, un garçon d’honneur en habit rouge et linge fin, et six fillettes au nez retroussé, de l’école du dimanche, pour jeter des roses sur le chemin entre les tombes jusqu’à la porte de l’église. Le journal de la localité narra la chose en détail, et alla même jusqu’à donner les cantiques tout au long. Mais c’était parce que la rédaction manquait de copie.

Puis vint une lune de miel à Arundel, et la maman pleura copieusement avant de permettre à sa fille unique de s’embarquer pour l’Inde sous la tutelle de Georgie Porgie, le jeune marié. Sans conteste aucun, Georgie Porgie était énormément fier de sa femme, et elle lui était dévouée comme au meilleur et au plus grand homme du monde. En allant chez le gouverneur à Bombay il se crut autorisé à demander un bon poste à cause de sa femme ; et comme il s’était fait un peu remarquer en Birmanie et que l’on commençait à l’estimer, on lui accorda presque tout ce qu’il demandait, et on