Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/22

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mois de congé. Ce départ même et l’idée qu’il avait peut-être agi en traître lui furent réellement pénibles, sur le moment ; mais dès que le grand steamer fut bien en route dans le bleu, les choses s’améliorèrent. Peu à peu le visage de Georgina, la drôle de petite maison palissadée, le souvenir des raids nocturnes de dacoits, le cri et le geste du premier homme qu’il eût jamais tué de sa propre main, et cent autres détails plus intimes, s’évanouirent de la mémoire de Georgie Porgie, et furent remplacés par la vision de l’Angleterre qui s’approchait. Le steamer était plein d’hommes en congé, tous joyeux lurons qui avaient rejeté la poussière et la sueur de la Birmanie Supérieure et qui s’amusaient comme des écoliers. Ils aidèrent Georgie Porgie à oublier.

Puis ce fut l’Angleterre avec son bien-être, ses convenances et son agrément, et Georgie Porgie, en se promenant dans un beau rêve sur le pavé dont il avait presque oublié le son, se demandait comment des hommes jouissant de leur bon sens pouvaient jamais quitter la Ville. Il accepta le vif plaisir qu’il prenait à son congé comme la récompense de ses services. La Providence de plus lui ménagea un autre plaisir plus grand encore — toutes les joies de paisibles fiançailles anglaises, totalement différentes du cynique marché de l’Orient, où la moitié de la communauté suit l’affaire de loin et engage des paris sur le résultat, et où l’autre moitié se demande ce qu’en dira Mme Une Telle.

La jeune fille était agréable, et cela se passait par un été splendide, dans une grande maison de cam-