Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/30

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la besogne du grand Empire des Indes ne souffrait pas de retard, elle se remit en marche, et Imray cessa d’être un homme pour devenir une énigme… un de ces mystères dont les gens s’entretiennent aux tables du club pendant un mois, avant de les oublier à jamais. Ses fusils, chevaux et équipages furent adjugés au plus fort enchérisseur. Son chef hiérarchique écrivit une lettre stupide à la mère d’Imray, disant que celui-ci avait disparu inexplicablement, et que son bungalow restait vide sur la route.

Trois ou quatre mois d’une saison de chaleur brûlante avaient passé, lorsque mon ami Strickland, des forces policières, jugea convenable de prendre à bail le bungalow, du propriétaire indigène. Cela se passait avant ses fiançailles avec Mlle Youghal (dont l’histoire a été contée ailleurs) et alors qu’il poursuivait son enquête sur la vie indigène. Sa vie à lui était déjà passablement originale, et les gens se plaignaient de ses us et coutumes. Il y avait parfois des vivres dans son logis, mais il n’y avait pas d’heures régulières pour les repas. Il mangeait, debout et circulant, n’importe ce qui se trouvait dans le buffet, et cela ne vaut rien pour les viscères des humains. Son équipement domestique se réduisait à six carabines, trois fusils de chasse, cinq selles, et une collection de cannes à pêche à tiges rigides, plus grosses et plus fortes que les plus grosses lignes à saumon. Ces objets occupaient une moitié de son bungalow, dont l’autre était livrée à Strickland et à sa chienne Tietjens… une énorme lice rampur qui