Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/36

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lais m’endormir je crus l’entendre tambouriner avec fureur et proférer des cris au-dessus de ma tête ou à la porte.

Je courus à la chambre de Strickland et lui demandai s’il était malade et s’il m’avait appelé. Il était couché sur son lit, à moitié vêtu, sa pipe à la bouche.

— Je pensais bien que vous viendriez, me dit-il. Est-ce donc que je me suis promené par la maison ?

Je lui exposai qu’il avait été dans la salle à manger, dans le fumoir et en deux ou trois autres lieux. Il se mit à rire et me pria de retourner me coucher. Ce que je fis, et je dormis jusqu’au matin ; mais dans tous mes songes j’étais persuadé que je faisais tort à quelqu’un en ne m’occupant pas de ses besoins. Quels pouvaient être ces besoins, je l’ignorais ; mais quelqu’un, un être errant, trépidant, qui chuchotait et touchait aux serrures, me reprochait ma négligence, et à travers tous mes songes je percevais le hurlement de Tietjens dans le jardin et le cinglement de la pluie.

J’étais dans cette maison depuis deux jours. Strickland allait quotidiennement à son bureau, et me laissait seul huit ou dix heures par jour, avec Tietjens pour seule compagne. Tant que durait le plein jour j’étais à mon aise, et Tietjens aussi ; mais au crépuscule nous passions elle et moi dans la véranda de derrière où nous nous rapprochions pour nous tenir compagnie. Nous étions seuls dans la maison, mais malgré cela celle-ci n’était que trop largement habitée par un hôte avec qui je ne tenais