Page:Kipling - Du cran.djvu/18

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Marguerite ramassa la théière, la lampe à alcool, et une bouteille d’eau.

« De l’eau du Cap, dit-elle en affirmant de la tête. Filtrée, encore. Je connais l’eau du Karroo. Elle sauta légèrement sur le ballast.

— Que savez-vous du Karroo, ma Sœur ? » demanda le Capitaine d’Infanterie Montée, indulgemment, en qualité de vétéran d’un mois de date. Il comprenait que tout ce désert, comme cela lui semblait, s’appelait de ce nom.

Elle rit. « C’est mon pays. Je suis née là-bas — juste derrière cette grande chaîne de montagnes — du côté d’Oudtshorn. Ce n’est qu’à soixante milles d’ici. Oh, que c’est bon ! »

Elle fit glisser de sa tête le bonnet d’infirmière, le lança par la fenêtre ouverte du wagon, et poussa un soupir de profonde satisfaction. Avec le soleil sombrant les monts desséchés avaient pris vie et s’embrasaient sur le vert de l’horizon. Ils se levèrent comme des joyaux dans l’air d’une limpidité parfaite, tandis que les vallées entre eux débordaient d’ombre pourpre. À un mille de là, clairs et nets, des rocs brûlés se montraient comme à portée de la main, et la voix d’un jeune pâtre indigène en