Page:Kipling - Du cran.djvu/67

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beaucoup plus gravement à l’oreille lorsqu’on les raconte dans le remous et le grondement des eaux limoneuses) que la Comtesse de Stirling, quinze cents tonnes, toucha et chavira en dix minutes, et un steamer de deux mille tonnes en deux, et un bateau de pèlerins en cinq, et un autre steamer littéralement en un instant, retenant sous lui ses hommes avec les mâts et les haubans tandis qu’il s’abandonnait. Un bateau touche-t-il sur les « James and Mary », que le fleuve le terrasse et l’ensevelit, et que les sables tremblant tout autour s’étendent sous l’eau et prennent de nouvelles formes au-dessus du cadavre.

Le jeune Jim s’allongeait à l’avant du remorqueur et regardait les bouées tendues ruer et suffoquer dans le courant couleur de café, tandis que de la rive les sémaphores et les pavillons signalaient combien il y avait d’eau dans le chenal, jusqu’au jour où il apprit que les hommes qui ont affaire aux hommes peuvent se permettre d’être insouciants, à condition que leurs semblables soient comme eux ; mais que les hommes qui ont affaire aux choses n’osent se relâcher un instant. « Et c’est justement la rai-