Page:Kipling - Du cran.djvu/72

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Erh-Tze en sourit presque ; il sentit qu’il en avait pour son argent, et prit un joli petit bambou poli pour tenir ses hommes attentifs, car ce n’était pas le moment, déclara-t-il, d’apprendre de l’anglo-chinois à l’équipage. Plus ils pouvaient faire avancer la jonque, mieux elle gouvernait, et dès qu’il éprouva quelque confiance en elle, Jim ordonna que les voiles, raides et bruissantes, fussent hissées de plus en plus tendues. Il ne connaissait pas leurs noms — au moins pas un nom de nature à intéresser un Chinois — mais Erh-Tze n’avait pas battu les eaux de l’Archipel Malais toute sa vie pour rien. Il s’avança en se dandinant avec son bambou, et les choses s’élevèrent telles des incantations orientales.

D’aussi bonne heure qu’ils fussent sur le fleuve, un gros pétrolier américain se trouvait en tête à la remorque, et lorsque Jim l’aperçut dans le brouillard levant il en bénit le Ciel. Ce bateau devait avoir pour le moins un tirant de dix sept pieds, et s’il pouvait gouverner à coté de lui, ils étaient sauvés. Il est plus facile de courir du haut en bas des « James and Mary » dans un bateau policier manœuvré par autrui