Page:Kostomarov - Deux nationalités russes.djvu/22

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IV

Dans la Russie orientale, au contraire, la liberté individuelle diminuait graduellement et finit par disparaître. L’organisation du Vetché ne s’y était jamais établie. Là aussi l’élection des princes était la règle, mais les pouvoirs publics y étaient fermement constitués, aidés par la religion orthodoxe. En ceci on voit bien la différence de peuples. La religion orthodoxe était une, elle avait été introduite par les mêmes personnes ; la classe sacerdotale formait une corporation indépendante des circonstances locales de l’organisation politique. L’Église égalisait les différences et ce qui venait de l’Église aurait dû être admis également dans toute la Russie, mais ce n’est pas ce qui arriva. L’orthodoxie nous apporta l’idée de monarchisme, la consécration divine des autorités les entourait d’un rayonnement d’inspiration divine, l’orthodoxie enseignait que sur la terre la Providence règle toutes nos actions, nous parlait de la vie future, au delà de la tombe, répandait l’idée que les événements qui se passaient autour de nous nous attiraient tantôt la bénédiction, tantôt le courroux de Dieu ; l’orthodoxie invoquait la divinité au commencement de toute entreprise et en rapportait le succès à Dieu. Ainsi non seulement dans les événements incompréhensibles, extraordinaires, mais même dans les ordinaires qui arrivaient au milieu de l’activité publique, on pouvait voir des miracles. Tout cela était porté partout, était accepté jusqu’à un certain point, s’insinuait dans la vie historique, mais nulle part ces dogmes ne vainquirent si complètement les anciens principes, ne furent si effectivement appliqués à la vie pratique que dans la Russie orientale. Malgré son universalité, l’orthodoxie donnait pourtant quelque coudée franche aux intérêts locaux ; elle permettait les saints locaux qui, tout en appartenant à l’Église générale, restaient des patrons de certaines localités. Ainsi dans toute la Russie s’élevèrent des églises patronales ; à Kief la Déciatinnaya Bogoroditsa et Sainte-Sophie ; à Novgorod et à Polotsk, Sainte-Sophie ; à Tchernigof et à Tver, Saint-Sauveur ; et ainsi de suite ; partout on croyait que la bénédiction pour la province entière venait de cette cathédrale. André construisit à Vladimir l’église de la Mère de Dieu, à coupole d’or, y déposant l’icône miraculeuse qu’il avait volée à Vyshgorod.