Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/122

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mon cher Frédéric, tu faisais toute ma joie… toute ma consolation. Tout ce que je possédais de connaissances et de lumières, tout fut mis en œuvre pour former ton éducation… Les instructions que j’avais reçues ne servirent pas peu à favoriser mon travail. À mesure que tu commençais à te développer ; je découvris en toi le germe d’une belle âme… mais j’y découvris aussi celui des passions les plus fougueuses… et compris combien il était essentiel de t’apprendre de bonne heure à les réprimer… Le penchant décidé que je te voyais pour le métier de soldat me causa beaucoup de peine, par l’idée qu’il faudrait nous séparer un jour… mais remettant entièrement à la Providence le soin de décider de ton sort, et voyant ta résolution à cet égard inébranlable… je pensai sérieusement à t’éloigner… Ton équipage fut bientôt prêt… et je fis pour toi dans cette occasion plus que je n’aurais dû faire… Le défaut de prévoyance est bien souvent… et presque toujours, l’artisan de nos maux… Jeune… dans la vigueur de l’âge… je m’imaginais que les moyens employés jusqu’alors à ma subsistance ne me manqueraient jamais… mais Dieu punit ceux qui mettent une trop grande confiance dans des secours purement humains et qui s’en reposent entièrement sur eux… Je tombai malade… mon travail cessa… le peu qui me restait fut bientôt épuisé… Faute de pouvoir fournir au loyer de ma pauvre cabane… je fus obligée de l’abandonner il y a quelques jours…