Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/29

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tenu de protester contre l’abus d’une expression — la lutte pour l’existence — empruntée à la zoologie, ou, au moins, contre l’importance exagérée qu’on attribuait à cette expression. En zoologie, disait-il, et dans toutes les sciences qui traitent de l’homme, on insiste sans cesse sur ce qu’on appelle la loi sans merci de la lutte pour la vie Mais on oublie l’existence d’une autre loi, qui peut être nommée loi de l’entr’aide, et cette loi, au moins pour les animaux, est beaucoup plus importante que la première. Il faisait remarquer que le besoin d’élever leur progéniture réunissait les animaux, et que « plus les individus s’unissent, plus ils se soutiennent mutuellement, et plus grandes sont, pour l’espèce, les chances de survie et de progrès dans le développement intellectuel ». « Toutes les classes d’animaux, ajoutait-il, et surtout les plus élevées, pratiquent l’entr’aide », et il donnait à l’appui de son idée des exemples empruntés à la vie des nécrophores et à la vie sociale des oiseaux et de quelques mammifères. Les exemples étaient peu nombreux, comme il convient à une brève allocution d’ouverture, mais les points principaux étaient clairement établis ; et, après avoir indiqué que dans l’évolution de l’humanité l’entr’aide joue un rôle encore plus important, Kessler concluait en ces termes : « Certes, je ne nie pas la lutte pour l’existence, mais je maintiens que le déve-

    ci a élevé l’aide mutuelle à la hauteur d’une loi, beaucoup plus importante pour l’évolution progressive que la loi de la lutte réciproque. Les mêmes idées furent exposées l’année suivante (en avril 1881), par J. de Lanessan dans une conférence publiée en 1882 sous ce titre : La lutte pour l’existence et l’association pour la lutte. Le très important ouvrage de G. Romanes, Animal Intelligence, parut en 1882 et fut suivi l’année d’après par Mental Evolution of the Animals. Déjà dès 1879 Büchner avait publié un autre ouvrage très remarquable, Liebe und Liebes-Leben in der Thierwelt, dont une seconde édition, très augmentée, parut en 1885. Comme on le voit, l’idée était dans l’air.