Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/369

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Il est donc très naturel que les historiens se soient demandé si les guildes, qui prirent un si grand développement au XIIIe, et même aux Xe et XIe siècles, n’étaient pas une renaissance des anciens « collèges » romains — d’autant plus que ces derniers, comme nous venons de le voir par la citation précédente, correspondaient tout à fait à la guilde du moyen âge[1]. On sait, en effet, que des corporations sur le modèle romain existaient dans la Gaule méridionale jusqu’au Ve siècle. En outre, une inscription trouvée dans des fouilles à Paris, montre qu’une corporation de nautœ existait sous Tibère ; et dans une charte octroyée aux « marchands d’eau » de Paris en 1170, leurs droits sont mentionnés comme existant ab antiquo (même auteur, page 51). Le maintien des corporations durant le commencement du moyen âge en France après les invasions barbares n’aurait donc rien d’extraordinaire.

Malgré cela, on ne saurait soutenir que les corporations hollandaises, les guildes normandes, les artels russes, les amkari géorgiens, etc..., aient nécessairement aussi une origine romaine ou même byzantine. Certes les relations entre les Normands et la capitale de l’Empire Romain d’Orient étaient actives, et les Slavons (comme l’ont prouvé les historiens russes et particulièrement Rambaud) y prenaient vivement part. Les Normands et les Russes ont donc pu importer l’organisation romaine des corporations de métiers dans leurs pays respectifs. Mais quand nous voyons que l’artel était l’essence même de la vie de chaque jour de tous les Russes, déjà au Xe siècle, et que cet artel, quoique aucune espèce de législation ne l’ait jamais réglementé jusqu’aux temps modernes, a les mêmes traits caractéristiques que le « collège » des Romains ou que la guilde des pays occidentaux, nous sommes encore plus portés à considérer la guilde des pays orientaux comme ayant une origine encore plus ancienne que les collèges romains. Les Romains savaient fort bien, en effet, que leurs sodalitia et collegia étaient « ce que les Grecs appe-

  1. La sodalitia romaine, autant que nous en pouvons juger (même auteur, page 9), correspondait aux çofs des kabyles.