Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/37

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larves, et pour bâtir des nids spéciaux destinés à l’élevage des pucerons, que Linnée a décrits d’une façon si pittoresque comme les « vaches des fourmis » ; enfin leur courage, leur hardiesse et leur haute intelligence, tout cela est le résultat naturel de l’entr’aide, qu’elles pratiquent à tous les degrés de leurs vies actives et laborieuses. En outre, ce mode d’existence a eu nécessairement pour résultat un autre trait essentiel de la vie des fourmis : le grand développement de l’initiative individuelle qui, à son tour, a abouti au développement de cette intelligence élevée et variée dont tout observateur humain est frappé[1].

Si nous ne connaissions pas d’autres faits de la vie animale que ce que nous savons des fourmis et des termites, nous pourrions déjà conclure avec certitude que l’entr’aide (qui conduit à la confiance mutuelle, première condition du courage) et l’initiative individuelle (première condition du progrès intellectuel) sont deux facteurs infiniment plus importants que la lutte réciproque dans l’évolution du règne animal. Et de fait la fourmi prospère sans avoir aucun des organes de protection dont ne peuvent se passer les animaux qui vivent isolés. Sa couleur la rend très visible à ses ennemis, et les hautes fourmilières que construisent plusieurs espèces sont très en vue dans les prairies et les forêts. La fourmi n’est pas protégée par une dure carapace, et son aiguillon, quoique dangereux lorsque des centaines de piqûres criblent la chair d’un animal, n’est pas d’une grande valeur comme défense indivi-

  1. Ce second principe ne fut pas reconnu tout d’abord. Les premiers observateurs parlaient souvent de rois, de reines, de chefs, etc. ; mais depuis que Huber et Forel ont publié leurs minutieuses observations, il n’est plus possible de douter de l’étendue de la liberté laissée à l’initiative individuelle dans tout ce que font les fourmis, même dans leurs guerres.