Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/50

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ne chassent pas seulement les oiseaux de proie qui peuvent être dangereux pour elles, mais elles chassent aussi le faucon-pêcheur, « plutôt pour s’amuser que pour lui faire aucun mal » ; et dans l’Inde, suivant le témoignage du Dr Jerdon, les corneilles chassent le milan-govinda « simplement pour s’amuser ». Le prince Wied a vu l’aigle brésilien urubitinga entouré d’innombrables bandes de toucans et de cassiques (oiseau très parent de notre corneille) qui se moquaient de lui. « L’aigle, ajoute-t-il, supporte d’ordinaire ces insultes très tranquillement, mais de temps en temps il attrape un de ces moqueurs. » Dans toutes ces occasions les petits oiseaux, quoique très inférieurs en force à l’oiseau de proie, se montrent supérieurs à lui par leur action commune[1].


C’est dans les deux grandes familles, des grues et des perroquets, que l’on constate le mieux les bienfaits de la vie en commun pour la sécurité de l’individu, la jouissance de la vie et le développement des capacités intellectuelles. Les grues sont extrêmement sociables et vivent en excellentes relations, non seulement avec leurs congénères, mais aussi avec la plupart des oiseaux aquatiques. Leur prudence est vraiment étonnante, ainsi que

  1. Voici comment un observateur de la Nouvelle-Zélande, M. T. W. Kirk, décrit une attaque des « impudents » moineaux contre un « infortuné » faucon. « Il entendit un jour un bruit tout à fait insolite, comme si tous les petits oiseaux du pays se livraient une grande querelle. En regardant autour de lui, il vit un grand faucon (C. Gouldi — un charognard) assailli par une bande de moineaux. Ils s’acharnaient à se précipiter sur lui par vingtaines, et de tous les côtés à la fois. Le malheureux faucon était tout à fait impuissant. Enfin, s’approchant d’un buisson, le faucon se précipita dedans et s’y cacha, tandis que les moineaux se rassemblaient en groupes autour du buisson, continuant de faire entendre un caquetage et un bruit incessant. » (Communication faite à l’Institut de la Nouvelle-Zélande, Nature, 10 octobre 1891).