Page:Kropotkine - La Conquête du pain.djvu/55

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d’organisation par la libre entente entre individus et groupes poursuivant le même but. L’indépendance de chaque minime unité territoriale devient un besoin pressant ; le commun accord remplace la loi, et, pardessus les frontières, règle les intérêts particuliers en vue d’un but général.

Tout ce qui fut jadis considéré comme fonction du gouvernement lui est disputé aujourd’hui : on s’arrange plus facilement et mieux sans son intervention. En étudiant les progrès faits dans cette direction, nous sommes amenés à conclure que l’humanité tend à réduire à zéro l’action des gouvernements, c’est-à-dire à abolir l’État, cette personnification de l’injustice, de l’oppression et du monopole.

Nous pouvons déjà entrevoir un monde où l’individu, cessant d’être lié par des lois, n’aura que des habitudes sociables — résultat du besoin éprouvé par chacun d’entre nous, de chercher l’appui, la coopération, la sympathie de ses voisins.

Certainement, l’idée d’une société sans État suscitera, pour le moins, autant d’objections que l’économie politique d’une société sans capital privé. Tous, nous avons été nourris de préjugés sur les fonctions providentielles de l’État. Toute notre éducation, depuis l’enseignement des traditions romaines jusqu’au code de Byzance que l’on étudie sous le nom de droit romain, et les sciences diverses professées dans les universités, nous habituent à croire au gouvernement et aux vertus de l’État-Providence.

Des systèmes de philosophie ont été élaborés et enseignés pour maintenir ce préjugé. Des théories de la loi sont rédigées dans le même but. Toute la politique est basée sur ce principe ; et chaque politicien, quelle que soit sa nuance, vient toujours dire au peuple :