Page:Kropotkine - La Conquête du pain.djvu/66

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Mais il n’a rien ; donc, il acceptera toutes les conditions, pourvu qu’il puisse vivre en cultivant le sol ; et il enrichira le seigneur.

En plein dix-neuvième siècle, comme au moyen âge, c’est encore la pauvreté du paysan qui fait la richesse des propriétaires fonciers.


II


Le propriétaire du sol s’enrichit de la misère des paysans. Il en est de même pour l’entrepreneur industriel.

Voilà un bourgeois qui, d’une manière ou d’une autre, se trouve posséder un magot de cinq cent mille francs. Il peut certainement dépenser son argent à raison de cinquante mille francs par an, — très peu de chose, au fond, avec le luxe fantaisiste, insensé, que nous voyons de nos jours. Mais alors, il n’aura plus rien au bout de dix ans. Aussi, en homme « pratique », préfère-t-il garder sa fortune intacte et se faire de plus un joli petit revenu annuel.

C’est très simple dans notre société, précisément parce que nos villes et nos villages grouillent de travailleurs qui n’ont pas de quoi vivre un mois, ni même une quinzaine. Notre bourgeois monte une usine : les banquiers s’empressent de lui prêter encore cinq cent mille francs, surtout s’il a la réputation d’être adroit ; et, avec son million, il pourra faire travailler cinq cents ouvriers.