Page:Kropotkine - La Conquête du pain.djvu/67

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S’il n’y avait dans les environs que des hommes et des femmes dont l’existence fût garantie, qui donc irait travailler chez notre bourgeois ? Personne ne consentirait à lui fabriquer pour un salaire de trois francs par jour, des marchandises de la valeur de cinq ou même de dix francs.

Malheureusement, — nous ne le savons que trop, les quartiers pauvres de la ville et les villages voisins sont remplis de gens dont les enfants dansent devant le buffet vide. Aussi, l’usine n’est pas encore achevée que les travailleurs accourent pour s’embaucher. Il n’en faut que cent, et il en est déjà venu mille. Et dès que l’usine marchera, le patron — s’il n’est pas le dernier des imbéciles — encaissera net, sur chaque paire de bras travaillant chez lui, un millier de francs par an.

Notre patron se fera ainsi un joli revenu. Et s’il a choisi une branche d’industrie lucrative, s’il est habile, il agrandira peu à peu son usine et augmentera ses rentes en doublant le nombre des hommes qu’il exploite.


Alors il deviendra un notable dans son pays. Il pourra payer des déjeuners à d’autres notables, aux conseillers, à monsieur le député. Il pourra marier sa fortune à une autre fortune et, plus tard, placer avantageusement ses enfants, puis obtenir quelque concession de l’État. On lui demandera une fourniture pour l’armée, ou pour la préfecture ; et il arrondira toujours son magot, jusqu’à ce qu’une guerre, même un simple bruit de guerre, ou une spéculation à la Bourse lui permette de faire un gros coup.

Les neuf dixièmes des fortunes colossales des États-Unis (Henry Georges l’a bien raconté dans ses