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Chapitre III


CORRESPONDANCE AVEC MON FRÈRE SUR LES QUESTIONS DE SCIENCE, DE RELIGION, DE PHILOSOPHIE ET D’ÉCONOMIE POLITIQUE. — ENTREVUES SECRÈTES AVEC MON FRÈRE. — ÉTUDE PRATIQUE D’ÉCONOMIE SOCIALE. — CONTACT AVEC LE PEUPLE.


Mon frère Alexandre était à cette époque à Moscou, dans un corps de cadets, et nous entretenions une correspondance très suivie. Tant que je restai chez mes parents ce fut impossible, parce que notre père regardait comme une prérogative le droit de lire toutes les lettres adressées à la maison, et il aurait bientôt mis un terme à toute correspondance sortant de l’ordinaire.

Maintenant nous étions libres de discuter ce que nous voulions dans nos lettres. La seule difficulté était d’avoir de l’argent pour les timbres ; mais nous apprîmes à écrire si fin que dans une lettre nous pouvions mettre des quantités incroyables de choses. Alexandre, dont l’écriture était très belle, réussissait à faire tenir quatre pages imprimées sur une seule page de papier à lettres, et ses lignes microscopiques étaient aussi lisibles que la typographie la meilleure. C’est dommage que ces lettres, que nous conservions comme de précieuses reliques,