Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/285

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les professeurs à traiter chaque sujet d’une manière plus approfondie que ne l’exigeait le programme, ou réclamaient des cours complémentaires. Elles profitaient de toutes les possibilités qui leur étaient offertes et de toutes les brèches de la forteresse pour lui donner l’assaut. Elles obtinrent leur admission au laboratoire anatomique du vieux Dr Gruber et y firent de tels progrès qu’elles gagnèrent entièrement à leur cause l’enthousiaste anatomiste. Dès qu’elle apprenaient qu’un professeur était disposé à les laisser travailler dans son laboratoire le dimanche et le soirs des jours de semaine, elles profitaient de la permission et travaillaient très tard les jours de semaine et tous les dimanches. Finalement, elles ouvrirent, malgré l’opposition du Ministère, des cours préparatoires, sauf qu’elles les qualifièrent de cours pédagogiques. Etait-il possible, en effet, d’interdire à de futures mères de famille l’étude des méthodes d’enseignement ? Mais comme les méthodes d’enseignement de la botanique ou des mathématiques ne sauraient être confinées dans le domaine de l’abstraction, l’étude de la botanique, des mathématiques, et du reste, fut introduite dans le programme des cours de pédagogie, qui devinrent ainsi préparatoires à l’Université.

Ainsi les femmes élargissaient pas à pas le cercle de leurs droits. Dès qu’on apprit qu’un professeur d’une université allemande admettait quelques femmes à ses cours, des femmes russes allèrent frapper à sa porte et y furent admises. Elles étudièrent le droit et l’histoire à Heidelberg et les mathématiques à Berlin. A Zurich, plus de cent jeunes filles ou femmes suivaient les cours de l’université et de l’école polytechnique. Elles y acquirent quelque chose de plus précieux que le grade de docteur en médecine ; elles y gagnèrent l’estime des plus savants professeurs qui ne laissaient pas de la leur témoigner publiquement. Quand j’arrivai à Zurich en 1872 et que j’y fis la connaissance de quelques étudiantes, je vis avec étonnement de très jeunes filles qui suivaient les cours de l’école polytechnique, résoudre