Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/369

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Je sais que vous ne faites pas grand cas de tout cela, mais à l’Université on le considère comme une des futures gloires de la science russe. »

La perquisition eut lieu quand même, mais on lui laissa trois jours pour passer ses examens. Peu de temps après je fus appelé devant le procureur qui me montra triomphalement une enveloppe écrite de ma main et dans cette enveloppe une note, également de mon écriture, qui disait : « Veuillez remettre ce paquet à V. E. et priez de le garder jusqu’à ce qu’on le réclame en bonne et due forme. »

La personne à qui la note était adressée n’y était pas mentionnée. « Cette lettre, dit le procureur, a été trouvée chez M. Polakov ; et maintenant, prince, son sort est entre vos mains. Si vous me dites qui est ce V. E., je fais relâcher M. Polakov ; mais si vous refusez de le faire, je le ferai garder jusqu’à ce qu’il se décide à nous dire le nom de cette personne. »

En examinant l’enveloppe, dont l’adresse était écrite au crayon Comté, et la lettre avec un crayon ordinaire, je me rappelai immédiatement dans quelles circonstances l’une et l’autre avaient été écrites. « Je suis certain, m’écriai-je tout à coup, que la note et l’enveloppe n’ont pas été trouvées ensemble ! C’est vous qui avez mis la lettre dans l’enveloppe. »

Le procureur rougit. « Vous ne me ferez pas croire, continuai-je, que vous, un homme expérimenté, vous n’avez pas remarqué que les deux papiers sont écrits avec des crayons différents. Et maintenant vous essayez de me faire accroire que cette enveloppe appartient à cette lettre ! Eh bien, monsieur, je vous déclare que la lettre n’était pas adressée à Polakov. »

Il fut abasourdi pendant quelques instants, puis, retrouvant son audace, il dit : « Polakov a reconnu cependant que cette lettre lui a été adressée par vous. »

A présent, je savais qu’il mentait ; Polakov aurait reconnu n’importe quoi le concernant ; mais il aurait préféré être envoyé en Sibérie plutôt que de compromettre