Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/416

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


cette production sans tenir compte de l’organisation politique présente qui devait être soumise à une complète reconstruction. L’Association devait donc préparer elle-même une immense révolution, — une révolution qui ouvrirait à l’humanité une ère nouvelle de progrès basée sur la solidarité universelle. C’était là l’idéal qui tirait de leur assoupissement des millions d’ouvriers en Europe et amenait à l’Association ses meilleures forces intellectuelles.

Mais bientôt deux fractions se développèrent dans le sein de l’Internationale. Lorsque la guerre de 1870 eut abouti à la défaite complète de la France, lorsque l’insurrection de la Commune de Paris eut été écrasée et que les lois draconiennes dirigées contre l’Association eurent interdit aux ouvriers de France d’en faire partie ; et lorsque, d’un côté, un gouvernement parlementaire — but des radicaux depuis 1848 — eut été introduit dans « l’Allemagne unifiée », les Allemands s’efforcèrent de modifier la méthode et le but du mouvement socialiste tout entier. « La conquête du pouvoir politique dans les États existants » devint le mot d’ordre du groupe qui prit le nom de « Social-démocratie ». Les premiers succès électoraux de ce parti aux élections du Reichtag allemand firent naître de grandes espérances. Le nombre des députés social-démocrates s’étant élevé de deux à sept et bientôt à neuf, des hommes, autrement raisonnables, se mirent à prédire qu’avant la fin du siècle les social-démocrates auraient la majorité au parlement allemand et organiseraient alors par des lois appropriées un « État populaire » socialiste. L’idéal socialiste de ce parti perdit graduellement son caractère de mouvement qui devait être déterminé par la masse des travailleurs organisés ; il visa l’exploitation des industries par l’État — c’était en fait, le socialisme d’État, c’est-à-dire, le capitalisme d’État. En Suisse, les efforts des social-démocrates tendent actuellement, au point de vue politique, à la centralisation et combattent le fédéralisme, et au point de vue économique à l’exploitation