Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/468

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pour assister à la parade ce jour-là ; sa vie était menacée par un danger imminent. Il alla quand même. Il voulait aller voir la grande-duchesse Catherine (fille de sa tante, Hélène Pavlovna, qui avait été un des chefs du parti des réformes en 1861) et lui apporter la bonne nouvelle, peut-être comme un sacrifice expiatoire à la mémoire de l’impératrice Marie. On raconte qu’il lui dit en français : « Je me suis décidé à convoquer une Assemblée des Notables. » Cependant cette demi-mesure tardive n’avait pas été rendue publique et il fut tué en rentrant au Palais d’Hiver.

On sait comment l’attentat eut lieu. Une bombe fut lancée sous sa voiture blindée, pour l’arrêter. Quelques Circassiens de l’escorte furent blessés. Ryssakov, qui avait lancé la bombe, fut arrêté sur-le-champ. Alors, malgré les conseils pressants du cocher qui le priait de rester, en disant qu’il pourrait le ramener encore au palais dans la voiture légèrement endommagée, le tsar voulut absolument descendre. Il sentait que sa dignité militaire exigeait qu’il s’informât des Circassiens blessés et qu’il leur apportât quelque consolation. C’est ainsi qu’il avait agi envers les blessés pendant la guerre contre la Turquie, quand on donna, le jour de sa fête, cet assaut insensé contre Plevna, qui devait finir par un terrible désastre. Il s’approcha de Ryssakov et lui demanda quelque chose, et comme il passait tout près d’un autre jeune homme, nommé Grinevetsky, qui se tenait là avec une bombe, celui-ci jeta sa bombe entre lui et le tsar, pour se tuer avec lui. Tous deux furent affreusement blessés, et ne survécurent que quelques heures.

Alexandre II resta là, étendu sur la neige, abandonné de toute son escorte. Tout le monde avait disparu. Ce furent quelques cadets revenant de la parade qui relevèrent le tsar mourant et déposèrent sur un traîneau son corps encore palpitant, qu’ils couvrirent d’un manteau de cadet. Et ce fut un des terroristes, Emélianov, qui, avec une bombe enveloppée de papier sous le bras, se