Page:Kropotkine - Mémoires d’un révolutionnaire.djvu/495

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quartier que le vieux Blanqui avait passé ses trois ou quatre dernières années avant sa libération. Il avait été enfermé auparavant dans le quartier cellulaire.

Outre les trois chambres spacieuses qui nous furent assignées, on nous donna, à Émile Gautier et à moi, une pièce plus petite où nous pûmes continuer nos travaux littéraires. Nous dûmes probablement cette faveur à l’intervention d’un grand nombre de savants anglais, qui, aussitôt après ma condamnation, avaient adressé une pétition au Président de la République pour demander ma libération. Plusieurs collaborateurs de l’Encyclopédie Britannique, ainsi que Herbert Spencer et Swinburne, avaient signé, et Victor Hugo avait joint à sa signature quelques mots éloquents. L’opinion publique — en France avait accueilli très défavorablement notre condamnation et quand ma femme dit à Paris que j’avais besoin de livres, l’Académie des Sciences mit sa bibliothèque à ma disposition : Ernest Renan m’offrit, dans une lettre charmante qu’il écrivit à ma femme, sa bibliothèque particulière.

Nous avions un petit jardin, dans lequel nous pouvions jouer aux boules. Nous nous mîmes en outre à cultiver une étroite plate-bande le long du mur, et sur une surface de quatre-vingts mètres carrés nous obtînmes une quantité presque incroyable de laitues et de radis, ainsi que quelques fleurs. Je n’ai pas besoin de dire que nous organisâmes immédiatement des classes, et pendant les trois ans que nous passâmes à Clairvaux, je donnai à mes camarades des leçons de cosmographie, de géométrie, de physique, et je les aidai à apprendre les langues étrangères. Presque chacun d’eux apprit au moins une langue — l’anglais, l’allemand, l’italien ou l’espagnol — quelques-uns en apprirent deux. Nous nous occupions aussi un peu de reliure, que nous avions apprise dans l’un des petits volumes de l’excellente Encyclopédie Roret.

Cependant, à la fin de la première année, ma santé redevint mauvaise. Clairvaux est bâti sur un sol marécageux,