Page:L'Humanité nouvelle, année 2, tome 1, volume 2.djvu/147

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matra, chez les Tchouktches de la Sibérie polaire, — est un fait qu’il conviendrait de citer beaucoup plutôt comme un exemple d’entr’aide qu’en témoignage de la barbarie des populations où s’accomplissent de pareil événements. Dans une communauté où tous vivent pour tous, où la prospérité du groupe entier est la sollicitude d’un chacun, et où la difficulté de vivre est quelquefois si grande par suite du manque de nourriture ou de l’excès de froid, le vieillard qui se rappelle sa vie passée dans l’effort de la lutte commune et qui se sent désormais impuissant à la continuer, doit se sentir affreusement angoissé : la vie lui pèse bien autrement qu’au vieillard des nations civilisées, qui par la vie morale et les relations de société continue d’être utile à tous. « Manger le pain des autres » alors qu’on en sent si bien l’indispensable nécessité pour les collaborateurs les plus actifs de la commune, finit par devenir un véritable supplice, et c’est en grâce que les gens d’âge, devenus inutiles, en scandale et en horreur à eux-mêmes, demandent aux leurs de les aider à partir pour le pays de l’éternel repos ou d’une nouvelle vie éternellement jeune. Les familles modernes sont-elles vraiment meilleures pour les parents âgés, lorsque ceux-ci, souffrant de maladies atroces, demandent avec larmes qu’on leur épargne le supplice continu ou les douleurs fulgurantes, et que cependant, sous prétexte d’amour filial ou conjugal, on les laisse lamentablement gémir pendant des semaines, des mois ou des années ?

La forme communautaire de la propriété, qui prévalut dans presque tous les pays du monde et qui se maintient ça et là, même dans les contrées les plus complètement accaparées par des propriétaires individuels, permet de constater combien l’entr’aide fut la règle par excellence chez les peuples agricoles arrivés à un degré de civilisation déjà très avancé. Là aussi le souci d’un chacun dut être la prospérité de tous, ainsi qu’en témoignent les mots mêmes qui servent à désigner la collectivité des villageois associés. Ce sont les « universités » des Basques, les « mir » russes ou petits « univers », les zadroughi ou « amitiés » des Serbes, les bratskiya, ou « fraternités » des Bouriates. Le terme de « commune » que l’usage du latin et des langues qui en sont dérivées a généralisé dans le monde, s’applique à tous les hommes « qui prennent part aux charges », c’est-à-dire à tous ceux qui s’entr’aident. Et de la commune naît la communion, c’est à dire le partage du festin et de l’échange des pensées intimes. Car « l’homme ne vit pas de pain seulement » et l’entr’aide n’a cessé de se produire par la commu-