Page:L'Humanité nouvelle, année 2, tome 1, volume 2.djvu/149

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au lieu même où l’innombrable armée des hommes-serpents, c’est-à-dire des indigènes, fut enfouie dans le sol à la gloire de Youdichtira, le fils de Pandou.

Il est certain que les guerres, phénomène historique très complexe, peuvent avoir été, en vertu de leur complexité même, l’occasion de progrès, malgré la destruction, les ravages, les maux de toute nature qu’elles ont causé directement. Ainsi tel conflit entre tribus ou nations a été précédé de voyages d’exploration qui fournirent de précieux renseignements sur des contrées peu connues, puis, après la lutte, il eut pour conclusion des traités d’alliance et des relations fréquentes de commerce et d’amitié. Ces relations ont été certainement des plus heureuses, puisqu’elles ont élargi l’horizon de peuples qui s’ignoraient autrefois, accru leur avoir, développé leurs connaissances ; mais loin d’être le résultat de la guerre, elles proviennent, au contraire, du mouvement qui s’est produit en sens inverse, et si les massacres n’avaient pas eu lieu, si les alliances avaient devancé l’effusion du sang, on n’eût eu à les acheter par aucun sacrifice. Seulement le peuple n’a plus souvenir des faits pacifiques, des événements qui n’ont provoqué la terreur ni le désespoir : il ne se rappelle que les « années terribles » et rapporte à ces dates fatales les résultats de toute nature, mauvais ou bons, qu’il faudrait distinguer nettement les uns des autres et répartir diversement suivant les causes qui les ont déterminées. Qu’on ne se berce donc pas d’illusion : la haine naît de la guerre et l’engendre ; l’amour entre les hommes a pour cause l’harmonie des efforts. C’est encore à l’entr’aide qu’il faut rapporter les conséquences heureuses qui peuvent dériver de l’entre-lutte.


Élisée Reclus