Page:L'Humanité nouvelle, année 2, tome 1, volume 2.djvu/608

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

l’Eden, on attend les pauvres et les honnêtes gens. La croyance populaire fait représenter la mort par un squelette toujours affamé qui dévore les gens vivants.

Il n’est pas sans intérêt d’observer que les peintures que l’on a faites au peuple de l’enfer sont beaucoup plus détaillées que celles relatives à l’Eden. Cela tient à ce que pour des esprits peu cultivés les souffrances physiques sont beaucoup plus sensibles que les souffrances morales. D’après la croyance des paysans, ceux qui ont commis de gros péchés sont jetés dans une chaudière remplie de goudron en ébullition. Quant aux menteurs, ils sont condamnés à lécher une poêle rougie au feu. Ils croient aussi à l’existence d’une âme résidant dans chaque individu. Pendant le sommeil léthargique cette âme voyage avec saint Nicolas, soit dans l’Eden, soit dans l’enfer, d’où l’on peut voir les amis et les parents et contempler les joies et les douleurs des humains sur la terre. Les Serbes ont également une légende sur l’existence après la mort et sur ce voyage des hommes… « — Raconte donc ce que tu as vu là-bas, » demande-t-on à un ancien léthargique. « — J’ai vu, » répond-il, un pont d’argent, au-dessous duquel se trouvaient une immense chaudière remplie de têtes bouillies et des aigles qui volaient au-dessus de ces têtes. »

En dehors des enseignements du clergé orthodoxe et des nombreuses légendes sur l’immortalité de l’âme, le peuple slave a cherché à trouver l’explication de certains phénomènes physiques par l’âme. Aussi disent-ils que les feux-follets qu’ils croient apercevoir quelquefois la nuit sur les tombes sont les âmes immortelles des pécheurs morts impénitents.

Par les chansons répandues dans le peuple et par ses légendes, on voit que l’ivrognerie est sévèrement condamnée. Leurs auteurs ont compris que ce vice peut parfois mener jusqu’au crime et que toujours il atrophie le cerveau. On voit fréquemment dans les chaumières des enluminures représentant un homme ivre vendant son âme à Satan qui ensuite le précipite dans un abîme. En dépit des terribles châtiments dont il est menacé pour la vie future, le peuple russe, — le plus souvent pour oublier un moment sa misère, — n’en boit pas moins affreusement et porte régulièrement dans le kabak, (cabaret) tout ce qui peut lui procurer le moyen de satisfaire sa passion, bottes, grains, outils, etc.

Il existe chez les peuples slaves de nombreuses légendes sur la vie d’outre-tombe et elles varient avec les localités. L’une d’elles raconte qu’après la mort d’un soldat, Dieu charge un