Page:L'Humanité nouvelle, année 2, tome 2, volume 3.djvu/57

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à une trajectoire accomplie par des atomes physiques est si facile à comprendre qu’il est à peine nécessaire d’insister davantage là-dessus.

De même l’individualité sociale n’est autre chose que l’exécution par les citoyens d’une série de mouvements déterminés.

Qu’est-ce qui constitue, par exemple, la différence entre un pays constitutionnel et un pays monarchique, entre une démocratie et une aristocratie ? Dans un pays constitutionnel, les citoyens vont élire des représentants à un moment donné. Ils accomplissent donc certains mouvements : ils se rendent de leur demeure au local où s’opère le vote, ils écrivent certains bulletins, les jettent dans une urne, etc. Puis, les députés élus se rendent dans une salle et discutent des lois, etc. Dans les monarchies absolues, les citoyens n’accomplissent pas ces mouvements. Dans une démocratie tous les citoyens peuvent accomplir les mouvements électoraux ; dans une aristocratie, un petit nombre (c’est-à-dire que le grand nombre exécute d’autres mouvements). La constitution du Colorado, aux États-Unis, est différente de celle du Kansas, parce que dans le premier État les femmes vont aux urnes et que, dans le second, elles n’y vont pas. Toutes les institutions sociales se ramènent à des mouvements. Ainsi dans certains pays le mariage civil n’existe pas. Alors, pour se marier, il suffit d’aller à l’église ; dans les pays où le mariage civil a été établi il faut aller à la mairie ; les mouvements sont différents.

Non seulement les institutions civiles et politiques se ramènent à des mouvements, mais aussi toute manifestation intellectuelle. Que signifie, par exemple, parler une langue ? C’est accomplir un certain ensemble de mouvements des lèvres et de la bouche. Parler une autre langue c’est accomplir des mouvements différents. Pour dire je vous aime, il faut faire d’autres mouvements que pour dire I love you. En généralisant encore plus, une théologie, une philosophie, une dialectique sui generis, se ramènent à des trajectoires, de nature particulière, dans les centres nerveux. Les formes artistiques aboutissent aussi à cette même origine, puisque c’est le sentiment qui guide la main de l’architecte, du peintre et du sculpteur. Pour bâtir le Parthénon d’Athènes, il a fallu accomplir d’autres mouvements que pour édifier la cathédrale d’Amiens.

Eh bien, quand certains mouvements, accomplis à une époque, cessent de l’être à une autre, le type social que formaient ces trajectoires meurt.

Pourquoi dit-on que la nation carthaginoise est morte ? Parce que les mouvements, tant de l’ordre politique, que de l’ordre juridique et intellectuel, qui s’accomplissaient à Carthage au deuxième siècle avant notre ère, ne s’accomplissent plus ni en Tunisie, ni ailleurs. Commençons par considérer les plus vulgaires. Les tailleurs de Carthage, lorsqu’ils confectionnaient des vêtements à l’époque d’Annibal, faisaient d’autres mouvements que les tailleurs actuels de Tunis ce qui revient à dire, en langage usuel, que le costume carthaginois n’existe plus). Quand un Carthaginois se mariait, il accomplissait des cérémonies que n’accomplit plus maintenant un Tunisien quand il se marie. Encore ici