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LES TROIS COCUS


CHAPITRE III

UNE SOIRÉE CHEZ LE COLONEL


Il y avait soirée, ce même jour, chez le colonel Campistron de Bellonnet, le locataire du troisième ; soirée intime.

Le colonel avait pour femme une petite brune, Pauline de Bellonnet, dont il avait ajouté le nom patronymique au sien, — pour arrondir la phrase, disait-il.

Pauline, malicieuse enfant de la Provence, avait le diable au corps.

M. et Mme Mortier étaient au nombre des invités du colonel, ainsi que Saint-Brieux et Belvalli. Il y avait là aussi une vieille brisque, le général Sesquivan, un breton, sénateur réactionnaire, qui avait battu en retraite à Lille, et qui, sous l’Ordre-Moral, avait commandé un état de siège dans le Midi ; il était décoré pour avoir dressé des poteaux d’exécution, ce qui faisait dire qu’il portait un caillot de sang républicain à la boutonnière. Le président Mortier ne manquait jamais, quand il rencontrait le général chez Campistron, de le féliciter sur ses exploits ; mais la vieille brisque, que la connaissance d’une archiduchesse de pacotille avait totalement ramolli, répondait aux félicitations par des grognements sourds qu’Isidore ne savait comment interpréter. Le fait est que le général Sesquivan avait une manière de grogner telle qu’on ne savait jamais au juste s’il était de bonne ou de mauvaise humeur.

Un autre invité du colonel était un jeune avocat imberbe qui, politiquement parlant, était un vrai caméléon. Il se disait démocrate et ne fréquentait que le monde monarchiste ; il se disait libre-penseur et venait de se marier à l’église de la Trinité. Georges Lapaix était neveu de Campistron.

Campistron était bonapartiste, et Mme Lapaix cléricale.

Aussi, Georges se tenait le raisonnement suivant :

— J’arriverai quand même. Si la République dure, je me pousserai comme républicain. Si l’empire revient, mon oncle me patronnera. Si c’est le comte de Chambord, en avant les