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LE HÉROS ET SON CONTRAIRE.

trouve masqué par une autofécondation soudaine. Que de fois n’entend-on pas, devant les tribunaux, cette explication, cette excuse : « J’étais un autre homme, je ne m’appartenais plus ! »

Ici une question grave, et même douloureuse, se pose : la substitution intrapsychique d’un traître à un héros est-elle possible, par un brusque retournement de la personnalité ? Je la crois possible, bien qu’assez rare, vu la complexité des conditions héréditaires requises pour une telle transformation. C’est ce qu’on pourrait appeler le coriolanisme, en souvenir de l’exemple historique que Shakespeare a mis à la scène. En ce cas, le risque ignoble du jeu prend la place du risque noble et, sous une influence génésique violente et déterminante, l’autofécondation masque presque entièrement le soi, sauf une bordure où jouera quelquefois le remords. En même temps l’orgueil se débride, un orgueil démoniaque, qui fait saccage de tous les bons sentiments.