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L’ÉTOURDI.

Le mari partit le lendemain & cueillit dans le jardin de l’himenée, les fruits que j’y avais ſémé. Leur maturité ne tarda pas à paraître. Il me parla de ſon malheur, & me témoigna tout le chagrin que lui cauſait l’incertitude, & la crainte de l’avoir fait partager à ſon épouſe. Hélas ! que je ſuis malheureux ! maudite partie de ſoupé, s’écriait-il ! Je le conſolai du mieux qu’il me fut poſſible, & je profitai de ſa confidence pour prévenir la belle malade, qu’il était temps de parler. Elle vole vers l’appartement de ſon mari, lui expoſe ſon état, lui en fait les plus durs reproches, le ménace de ne jamais lui pardonner, & de le punir en le ſévrant déſormais de ſes plus cheres faveurs.

Le pauvre homme déſolé tomba aux genoux de ſa chaſte moitié & s’efforce, par l’aveu de ſa faute, d’en obtenir le pardon. Il l’obtint & ces deux époux vécurent dans la plus parfaite union.

Dans ces entrefaites le régiment reçut ordre de ſe rendre à Toulon, où je fis encore une étourderie que je me reſerve de t’apprendre dans ma premiere lettre.