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L’ŒUVRE DE P.-CORNEILLE BLESSEBOIS


tique ne fût mort d’en avoir mangé le corps, car ils ne le trouvèrent point sur le pavé.

Cela les fit descendre dans la cour, où le concierge faisait enterrer le défunt, et lui ayant appris ce qu’ils venaient de voir, ils le firent revenir de sa fougue, « Parbleu ! dit le bonhomme, après avoir recouvert la fosse, il n’y faut plus penser : allons boire et gageons le déjeuner de demain à qui en fera le mieux l’épitaphe. »

— Nous y consentons, dirent-ils. Ainsi nos gens se remirent à table, et après qu’ils eurent avalé chacun deux ou trois lampées, ils ruminèrent les vers suivants :


 Ci-gît un chien de valeur sans seconde ;
   Passant, admire et plains son sort :
   Il s’est en allé de ce monde
   Après avoir mangé la Mort.


Le Rocher n’eut pas plus tôt achevé son quatrain qu’il ôta son chapeau et mit sa serviette sur sa tête chauve, en forme de couronne, en s’efforçant de crier vivat. La minerve de Poquet parut ensuite sous cette forme :


   Passant, passe sans t’arrêter :
   La Mort dans ce tombeau sommeille.
   L’animal qui l’y fut porter,
   Et qu’elle y tient à la pareille,
Est un mauvais mâtin qu’une puce réveille
   Et qui te pourrait éventrer.